Voulez- vous réussir dans votre exploitation cacaoyère ?

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Cacao

Le cacaoyer (theobroma cacao) est un arbre de la famille botanique des sterculiacées. L’origine du cacaoyer en culture par l’homme remonte au XVIIIème siècle en Guyane. Le cacaoyer à l’état naturel et sauvage pousse en Afrique et en Amérique du Sud. La particularité de cet arbre est de voir ses fleurs et ses fruits pousser directement sur ses branches comme sur son tronc. Comme il pousse en sous-bois, à l’abri d’arbres plus hauts que lui, le cacaoyer est aujourd’hui menacé d’extinction à cause de la déforestation et de la pollution. Mais dans le monde et en Afrique, les gouvernements et les organisations internationales appuient l’action des particuliers pour faire survivre et vivre ce domaine de l’agriculture. Au Cameroun par exemple, le cacao est le premier produit d’exportation après le pétrole. Il représente maintenant environ 25% de la valeur totale des exportations du pays. Il est cultivé dans 7 des 10 régions camerounaises et couvre une superficie d’environ 400.000 hectares. Il fait intervenir 600.000 producteurs et près de 8 millions de personnes vivent directement ou indirectement de l’économie cacaoyère. Le Cameroun, dont la production cacaoyère moyenne se situe autour de 200 000 tonnes depuis au moins cinq campagnes est pourtant dauphin derrière les pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana qui cumulent à eux deux 50% de la production mondiale. Seul bémol, le retard dans la transformation finie de cette fève reste un réel défi dans le continent africain qui ne transforme localement qu’à peine 25% de sa production. Se lancer dans la culture et l’exploitation du cacao serait donc exceptionnellement recommandé. Pour y arriver, voici comment procéder. Tout commence par l’aménagement d’un site et ce à une période bien déterminée. 

Mettre en place une pépinière

La pépinière permet d’éviter la forte mortalité issue des semis directs au champ. Cette mortalité est souvent due aux mauvais temps et aux attaques des rongeurs. Elle est mise en place 6 à 8 mois avant la plantation. Elle se situe le plus souvent à proximité d’un point d’eau pour faciliter les arrosages. Elle peut être près de la future plantation, du campement, du village ou à proximité d’une terre humifère. L’essentiel est que la pépinière se situe près d’un point d’eau. Nous avons rencontré souvent des pépinières qui étaient complètement situées dans des bas-fonds ; ce qui n’est pas conseillé.
L’ombrière est réalisée avec du bois, des feuilles de palmes et du bambou. La hauteur est d’environ 1,5m au dessus du sol. Les paysans ne tiennent pas trop compte des allées entre les planches. Les sachets sont remplis avec de la bonne terre humifère qu’ils récoltent en forêt.
Le matériel végétal peut provenir ou être acheté dans les anciennes plantations. Rassurez-vous de faire par vous même la sélection des cabosses que vous estimez saines. Les fèves sont semées dans les sachets dans les deux jours qui suivent la récolte car la graine perd son pouvoir germinatif lorsqu’elle reste longtemps hors de la cabosse. Les graines sont semées en mettant le gros bout en bas. En cas de doute, déposez les graines à plat pour que le pivot soit bien droit. Les graines séjournent 6 à 8 mois en pépinière. La pépinière est arrosée tous les jours pendant les 15 premiers jours qui suivent le semis, puis tous les 2 jours. La quantité d’eau à apporter n’est pas trop respectée par les paysans. Le dosage n’est que approximatif. N’oubliez pas de souvent sacrer votre pépinière pour éliminer les mauvaises herbes. Ces dernières peuvent s’ériger en réservoir de plusieurs insectes nuisibles.

Comment ménager la plantation?

Il faut d’abord choisir un bon site. La Société de Développement du Cacao (SODECAO) recommande de choisir de préférence une forêt vierge, une forêt secondaire ou à défaut une jachère d’au moins 6 ans sur laquelle le manioc n’avait pas été planté ; ceci pour éviter les attaques éventuelles des cacaoyers par la maladie du pourridié. Il faut par la suite délimiter la parcelle en ouvrant des voies de 2 m de large autour de la plantation, puis défricher à ras du sol en coupant toutes les herbes et arbustes d’au moins 8cm de diamètre.
Pour les petits paysans, faire des parcelles de 1,5 hectare pour une bonne rentabilité et pour les grandes exploitations, faire des blocs de 4 à 5 hectares. Dans tous les cas, prévoir des pistes de 4 m de large entre les blocs et de 6 m autour de la plantation.
La SODECAO conseille un abattage sélectif à l’effet d’éliminer tous les gros arbres, les arbres antagonistes aux cacaoyers comme (l’atui, le baobab, le colatier etc.) Et certains arbres à croissance indéterminées comme le fraquet (Akonn). Laisser de manière espacée (15 à 20 m) les arbres moyens de diamètre inférieur ou égal à 50cm. Pour des besoins d’ombrage, l’on doit conserver au plus 30 à 40 arbres non abattus. Les billes de bois tronçonnées ne devant pas excéder 3 m de long. Une fois cette première étape du choix du site et du désherbage effectuée, on procède au piquetage.

Le Piquetage

Il consiste à matérialiser sur la parcelle à l’aide des petits piquets encore appelés jalons, les points destinés à la trouaison pour la mise en place des plants. Il se fait entre Février et mars. Pour effectuer ce travail, la SODECAO recommande de choisir la ligne de base suivant la plus grande longueur de la parcelle, si possible dans le sens Est-Ouest pour permettre aux cacaoyers de bénéficier le maximum d’ensoleillement de la journée nécessaire à leur épanouissement. Si le terrain est en pente, la ligne de base se définit suivant le sens de la pente afin de permettre que les lignes de plantation soient orientées dans le sens contraire de l’écoulement des eaux de pluies. Sinon, l’érosion se chargera de tout détruire. Les dimensions du piquetage sont de 3m X 2,5m pour les paysans intelligents qui accordent encore une importance à cette opération. 

La Trouaison

Cette opération consiste à creuser des trous devant recevoir les jeunes plants. Il est recommandé de commencer le travail avant les premières pluies. L’opération consiste à creuser un trou à l’emplacement de chaque piquet. Les dimensions des trous à creuser ont pour profondeur environ la longueur de l’avant bras et pour rayon 5 à 6 cm. Il faut toujours respecter ces dimensions, puisqu’elles permettent l’épanouissement des racines. Le planting, très souvent, débute dès le 1er avril. Cette mise en place peut se prolonger jusqu’au 30 juin au plus tard, de préférence, tôt le matin (6h-10 h) en évitant les heures chaudes (13h-16h) de la journée. Les jeunes cacaoyers sont plantés avec beaucoup de précautions pour éviter leur destruction et leur permettre de survivre dans leur nouvel environnement. Les paysans veillent à ce que le collet du plant reste au niveau du sol, la terre est ramenée autour en motte en tassant avec les mains ou les pieds au fur et à mesure du rebouchage et en tournant autour du plant. On évite de laisser une cuvette au pied du cacaoyer pour empêcher la stagnation des eaux de pluies pouvant engendrer les pourritures au niveau du collet. Attention !!! Aucun plant ne devrait quitter la pépinière si la trouaison n’est pas complète. Une fois les plants sortis de la pépinière, ils doivent immédiatement être mise en terre. Voici quelques précautions pour une mise en place réussie. — - Tailler toutes les racines qui débordent la motte - Supprimer les premières feuilles, c’est-à-dire les feuilles qui viennent directement après la motte - Déchirer soigneusement le plastique tout en conservant la motte - Préparer le trou, c’est-à-dire mettre la terre noire de surface au fond du trou - Damer cette terre au fond du trou, placer le plan de cacaoyer au niveau du trou - Compléter le reste de terre - Bien tasser tout autour du plant 

L’entretien de l’exploitation cacaoyère

Défricher régulièrement la parcelle et entretenir une propreté permanente des layons à l’aide de la machette et de l’herbicide pour éliminer les mauvaises herbes. Dans une très jeune plantation (moins de 2 ans), l’emploi d’herbicides est très délicat, car le produit peut facilement toucher les feuilles de cacaoyers et causer des dégâts. De même, lors du fauchage manuel, la machette peut facilement couper un plant. Donc, de préférence, il convient d’abord de faire des ronds de 50 cm de rayon autour de chaque pied avant d’entamer la lutte générale contre les adventices. - Remplacer des manquants et enlever les gourmands à la base de la tige - Tuteurer les jeunes cacaoyers et effectuer les tailles de formation - Pailler éventuellement les jeunes plants si l’on constate la menace de la saison sèche - Traiter toutes la parcelle contre les insectes au cas où les attaques des jeunes plants sont considérables. Il convient de rappeler qu’en plantation adulte, un ombrage trop dense favorise le développement de la pourriture brune des cabosses et, l’absence d’ombrage favorise les dégâts d’insectes. Précaution : Les produits phytosanitaires sont toxiques et dangereux pour les organismes vivants. Par conséquent, il est fortement recommandé de n’utiliser que les produits homologués par les services compétents. L’applicateur doit en outre se protéger pendant la préparation des bouillies et lors des traitements. Toujours lire les consignes de traitement et de sécurité avant tout utilisation d’un produit. Pendant les deux première années après la plantation, la fertilisation minérale surtout azotée est nécessaire pour la croissance des jeunes plants. La dose dépend de la richesse du sol en éléments nutritifs et de l’équilibre entre les bases échangeables. Néanmoins, pour un sol moyen, 250 g d’Urée par an en deux apports favorise la croissance. Au-delà de 3 à 4 ans, les apports d’engrais sont rarement rentables car les plants se nourrissent principalement de leurs feuilles mortes. 

La récolte

Les plants issus des cabosses hybrides entrent en production à partir de 2 ans après la mise en champ. Dans des conditions plus favorables, la production peut être encore plus précoce. Les cabosses entrent en maturité 5 à 6 mois après la pollinisation. A maturité, les cabosses vertes virent au jaune et les cabosses violettes deviennent oranges. 

Cabossage

C’est l’opération qui consiste à casser la cabosse et à extraire les fèves. L’écabossage doit se faire hors du champ et au plus tard 6 jours après la récolte. Pour casser la cabosse, on utilise un gourdin en bois ou bien cogner deux cabosses entre elles. A moins d’être vraiment habile, il faut éviter d’utiliser la machette qui peut détériorer les fèves ou blesser les mains de l’utilisateur. Les gangs sont conseillés pour protéger vos doigts lors de l’extraction des fèves de cacao de la cabosse. 
Fermentation

La fermentation est une étape très importante dans la préparation du cacao marchand. Elle permet de : -Débarrasser les fèves du mucilage sucré et acidulé qui les entoure. -Provoquer la mort de l’embryon à travers la haute température, et d’empêcher ainsi la germination de la fève. -Diminuer l’amertume et l’astringence des fèves et de développer les « précurseurs » de l’arôme chocolat. -Elle peut se faire dans des paniers ou préférentiellement dans des caisses en bois encore appelés bacs de fermentation. Après la fermentation, on procède au séchage. 

Séchage

Cette étape vise à ramener la teneur en eau des fèves de 60% à moins de 8% afin d’assurer des bonnes conditions de conservation au cours du stockage ou du transport. Le séchage peut être artificiel ou naturel. Pour le séchage naturel, c.-à-d., au soleil, les fèves sont étalées sur les claies en bambous posées sur pilotis ou coulissant sur des rampes en bois des séchoirs autobus. Pendant le séchage, le cacao doit être régulièrement remué pour homogénéiser les conditions d’aération. Pendant la durée du séchage, il faut éliminer les débris de cabosses ou les restes de placenta. Le séchage naturel peut aller de 7 à 15 jours selon les conditions climatiques. Il ne faut pas le sécher sur du goudron ou avec du feu, puisque dans ces conditions, il devient dangereux pour la santé. En plus, ces activités sont formellement condamnées par la loi et trahissent un manque de professionnalisme et de sérieux.

Le stockage du cacao

-Stocker le cacao bien au sec et à l’abri de l’humidité (l’humidité ambiante doit être à moins 70%) ou des corps étrangers. -Poser les sacs à 7 cm au moins du sol sur un plancher en bois favorisant la circulation de l’air. -L’entrepôt doit être loin de la cuisine ou de toute autre source de fumée. Si le stockage est long, il faut vérifier périodiquement le degré d’humidité et si possible remettre au soleil pour empêcher la moisissure à se développer 

Source: 
IMFURA
Imfura Affaires n°4