Voici l'incroyable secret de la réussite de Steve Jobs!

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(Photo: Getty Images)

L’été, j’aime lire. Plus qu’à l’habitude. Et en profiter pour me plonger dans des lectures inusitées, qui m’amènent loin des sentiers battus.

C’est comme ça que je suis tombé – ne rigolez pas – sur un vieux vieux vieux numéro… du magazine Playboy! Celui daté de février 1985, pour être précis, dans lequel figure une entrevue carrément passionnante, donnée par un jeune entrepreneur de l’époque qui venait tout juste de se lancer dans un pari complètement fou, soit la production des premiers ordinateurs grand public. Son nom, vous l’avez deviné : Steve Jobs.

La discussion aborde toutes sortes de sujets, tous plus intéressants les uns que les autres, maintenant que nous savons tous que ce jeune type follement ambitieux était un véritable génie. Ce dernier prédit tout ce que les gens pourront faire dans l’avenir grâce aux ordinateurs, et explique en passant comment fonctionne une souris – une bibitte bien mystérieuse aux yeux du journaliste. Il raconte de manière désopilante son tout premier stage, chez Atari. Ou encore, il parle de manière touchante de son voyage mystique en Inde, durant lequel il a croisé un gourou qui a changé sa vie.

Mais surtout, Steve Jobs aborde un sujet qui lui tient à cœur, la créativité. Plus précisément, la meilleure façon de faire éclore l’innovation au sein d’une organisation, et par suite, de voler de succès en succès en affaires. Des propos aussi lumineux qu’inspirants, jugez-en par vous-mêmes…

Playboy : Faut-il des types complètement cinglés pour inventer des choses révolutionnaires?

Steve Jobs : Inventer un produit révolutionnaire n’a pas grand chose de différent avec l’invention d’un produit quelconque, à ceci près que la différence survient dans la manière dont on apprend en expérimentant, dont on adopte les idées neuves et dont on laisse tomber les vieilles idées. Cela dit, il est indéniable que chez Apple il y a une forte concentration de types limite cinglés!

Playboy : Quelle est la différence entre les gens qui ont des idées incroyablement bonnes et ceux qui tirent d’immenses bénéfices des idées incroyablement bonnes?

Steve Jobs : Permettez-moi de vous l’expliquer en considérant le cas d’IBM. Comment se fait-il que les gens d’Apple aient mis au point le Mac et ceux d’IBM, le PCjr? Et ce, sachant que nous sommes convaincus, chez Apple, que nous allons vendre des zillions de Mac alors que ce ne sera sûrement pas le cas du PCjr.

L’explication est très simple : nous avons inventé le Mac pour nous-mêmes, avec pour seule ambition de fabriquer le meilleur ordinateur du monde. Nous n’avons pas fait d’études de marché. Nous n’avons pas organisé de focus groups. Nous nous sommes posés comme seuls juges pour décréter ce qui était génial, et ce qui ne l’était pas.

Lorsqu’un ébéniste fabrique une commode, il n’utilise pas de contreplaqué pour la paroi du fond, même s’il sait que personne ne le verra puisque celle-ci sera collée contre le mur. Pourquoi? Parce que lui saura que le contreplaqué est là, que son meuble ne sera pas le meilleur meuble qui soit. Parce qu’il veut dormir la nuit, ne pas avoir le poids sur sa conscience d’un travail bâclé. Parce qu’il a le souci de l’esthétique.

Playboy : Êtes-vous en train de dire que les concepteurs du PCjr n’ont pas ce genre de fierté envers leur produit?

Steve Jobs : S’ils avaient été des esthètes, ils n’auraient jamais sorti le PCjr. Il est évident qu’ils ont mené des études de marché, qu’ils ont cherché à répondre aux besoins exprimés par un segment d’un marché spécifique, à satisfaire une clientèle donnée. Il est clair qu’ils ont l’espoir d’engranger des ventes faramineuses, et d’ainsi gagner beaucoup beaucoup beaucoup d’argent.

Or, une telle motivation ne permet pas d’innover, encore moins de rencontrer le moindre succès. Les gens d’Apple, eux, ont juste cherché à faire le meilleur produit du monde. C’est tout. (…)

Il y a dix ou quinze ans, si vous aviez demandé aux gens de dresser la liste des 5 entreprises américaines les plus tripantes, Polaroid et Xerox y auraient figuré, de toute évidence. Mais aujourd’hui, où sont-elles? Plus personne ne mettrait ces entreprises-là dans un tel palmarès.

Que leur est-il arrivé? Les entreprises qui engrangent les milliards finissent malheureusement par perdre leur vision. Elles insèrent de plus en plus de couches de cadres intermédiaires, le flux interne d’informations se met à ralentir en conséquence si bien que l’organisation finit par perdre grandement en sensibilité, en réactivité, bref en intelligence. Les créatifs, ceux qui tripent à l’idée neuve, doivent alors convaincre cinq niveaux de direction pour faire avancer le moindre projet, et ils finissent par s’épuiser, pour ne pas dire par mourir. La passion n’est plus là.

C’est bien simple, les grandes entreprises ne parviennent pas à conserver en leur sein les personnes talentueuses, faute de leur offrir un environnement de travail stimulant sur les plans individuel et collectif. L’épanouissement de l’être y est plus découragé qu’encouragé. Du coup, les gens formidables s’en vont, et ces entreprises-là se retrouvent à gérer la médiocrité.

Je sais tout cela parce que, chez Apple, nous avons justement pris le contre-pied des grandes entreprises à ce sujet. Apple, c’est l’île Ellis : nous nous sommes construits à partir de réfugiés issus d’autres entreprises, oui, à partir de «fauteurs de trouble» qui ont été rejetés parce qu’ils étaient trop différents, en vérité trop brillants.

Je vais vous confier quelque chose… Le Dr Edwin Land est un «fauteur de trouble». Il a quitté Harvard et a fondé Polaroid. Il est ni plus ni moins que l’un des grands inventeurs de notre époque, se positionnant à l’intersection de l’art, de la science et du commerce. Il a créé une organisation au croisement de ces trois disciplines, une organisation qui a connu un succès phénoménal. Et puis, il a été demandé au Dr Land, ce génial fauteur de trouble, de quitter son poste, de laisser son entreprise entre d’autres mains. Ce qui était d’une stupidité sans nom.

Qu’a-t-il fait? Il s’est lancé dans la recherche scientifique pure, passionné par le phénomène de la couleur. Autrement dit, cet homme est un trésor national, et pourtant personne, ou presque, n’a entendu parler de lui. C’est une honte! Nous devrions en faire un modèle pour les nouvelles générations, au lieu de tous ces astronautes et autres joueurs de football. (…)

Pour en revenir à Apple, il est indéniable que nous attirons des personnes différentes des autres. Nous accueillons les impatients, ceux qui ne veulent pas attendre cinq ou dix ans pour voir leur entreprise prendre un grand et beau risque. Les rêveurs, qui n’ont pas peur de mettre la tête au-dessus des nuages. Les faiseurs, qui ne craignent pas de s’écorcher et de se faire des bosses à force de jouer trop fort.

Ici, les gens travaillent 18 heures par jour. Mais pas par nécessité, par passion.

Chacun de nous sait que nous sommes au début d’une grande aventure, que nous allons changer le monde et modifier l’avenir. Et que c’est là une chance exceptionnelle : vous et moi, nous portons des vêtements que nous n’avons pas confectionnés, nous mangeons des aliments que nous n’avons pas cultivés, nous parlons une langue que nous n’avons pas créée, nous calculons à partir de chiffres et de formules mathématiques inventées par d’autres civilisations; là, nous avons l’occasion rarissime d’apporter notre pierre à l’édifice de l’humanité. Certes, nous ne savons pas jusqu’où ça nous mènera, mais nous avons conscience que nous allons pouvoir faire quelque chose de grandiose.

Voilà. Impressionnant, n’est-ce pas? Vous en conviendrez avec moi, c’est fou ce qu’on peut apprendre dans Playboy…

À l’orée de la trentaine, Steve Jobs avait déjà une juste idée de la meilleure façon d’innover, et donc, de travailler ensemble. Il avait deviné qu’une entreprise avait tout à gagner à faire œuvrer de concert des talents à la fois disparates et complémentaires, en leur laissant les coudées franches. Il avait saisi qu’on pouvait obtenir le 110% de chacun juste en invitant tout le monde à faire le meilleur produit du monde, et non pas en exigeant de faire des miracles avec des bouts de chandelles. Il avait compris que demain, et plus encore après-demain, l’innovation serait reine, et donc que seuls les champions en la matière – ceux qui visent non pas le Bon, mais le Beau – perdureraient.

Maintenant, que retenir de ses propos? Ceci, à mon avis :

> Qui entend voler de succès en succès se doit d’arrêter de viser le Bon pour, à la place, se mettre à viser le Beau. À l’image de Steve Jobs, il lui faut écarter la tentation d’engranger le maximum de profits à chacun de ses projets pour se donner comme unique mission de réaliser le meilleur travail qui soit, projet après projet. Il doit devenir un esthète – soucieux du Beau –, et non plus un comptable – soucieux du Bon –; par exemple, un journaliste se doit de pondre un excellent texte par jour, et non plus de produire à la chaîne six micro-textes insipides par jour. Bref, il doit être fier de son travail, jour après jour. Sans quoi, il lui sera impossible de perdurer dans le temps, en cette ère où l’innovation est furieusement reine.

En passant, l’écrivain québécois Réjean Ducharme a dit dans Le Nez qui voque : «Le bonheur, c’est d’être fidèle aux aspirations de son âme. C’est d’être assez brave et fier pour écouter les voix qui montent de l’âme et obéir à la plus belle».

Olivier SCHMOUKER

Source: 
IMFURA