Êtes-vous un leader né qui s'ignore?

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À l'image de la Force de Star Wars, le Leadership est-il en vous? Oui, êtes-vous destiné, depuis tout petit, à agir en tant que leader avec les autres, à prendre les devants, soutenu par tous ceux qui vous entourent? Et donc, à devenir un manager, pour ne pas dire un boss, au travail?

Impossible à dire, me direz-vous. Eh bien, détrompez-vous. Il y a bel et bien moyen de le savoir, grâce à une étude passionnante, intitulée Born to lead? The effect of birth order on non-cognitive abilities et signée par : Sandra Black, professeure d'économie à l'Université du Texas à Austin (États-Unis); Erik Grönqvist, professeur d'économie à l'Institut d'évaluation du marché du travail et de politique d'éducation à Uppsala (Suède); et Björn Öckert, professeur de sciences sociales au même Institut. Regardons ensemble de quoi il retourne...

Les trois chercheurs se sont tout bonnement demandé si certains enfants disposaient de davantage de capacités de leadership que les autres et si, le cas échéant, cela se retrouvait par la suite dans le cheminement de leur carrière professionnelle. Pour s'en faire une idée précise, ils ont croisé différentes bases de données suédoises, en se concentrant exclusivement sur deux catégories d'hommes : d'une part, ceux qui ont été l'aîné de la famille; d'autre part, ceux qui en ont été le benjamin. Et ils ont, du coup, été en mesure de comparer, entre autres, leurs profils psychologiques (en fonction du fameux Big Five, qui considère les cinq traits de personnalité que sont l'ouverture à l'expérience, le contrôle, l'extraversion, l'agréabilité et le névrotisme) et les fonctions professionnelles qu'ils ont occupées.

Résultats? Attendez-vous à des surprises :

> Avantage à l'aîné. En général, l'aîné développe davantage certains traits psychologiques en lien avec le leadership que les autres enfants. Ces traits sont : la stabilité émotionnelle, la ténacité, l'ouverture sociale, la volonté d'assumer des responsabilités et la prise d'initiatives.

> Avantage encore à l'aîné. En général, l'aîné a 30% plus de chances de devenir un «top manager» que le benjamin. Ce dernier a, quant à lui, nettement plus de chances que les autres de devenir travailleur autonome, et tout particulièrement dans un domaine où la créativité est une qualité primordiale.

Comment expliquer un tel phénomène? Les trois chercheurs ne peuvent pas être catégoriques à ce sujet, mais, après avoir fouillé en profondeur leurs données, ils peuvent raisonnablement avancer qu'il découle en grande partie du fait que les parents n'élèvent pas de la même façon l'aîné et le benjamin. Par exemple, ils ont noté qu'à l'adolescence les aînés, en général, lisent davantage de livres, consacrent plus de temps à faire leurs devoirs et passent moins de temps devant la télévision que les autres enfants de la famille. Autre exemple : ils ont mis au jour le fait qu'en général les parents dédient moins de leur temps aux benjamins qu'ils n'ont en dédié à l'aîné, ce qui a «sûrement un impact sur l'évolution des capacités non cognitives du petit dernier».

Voilà. Vous êtes l'aîné de la famille? Tant mieux, cela vous a amené à cultiver tôt des qualités nécessaires pour devenir, un beau jour, un véritable leader au travail. Vous êtes le cadet, ou le benjamin? Tant mieux aussi, cela vous a amené à davantage vous débrouiller par vos propres moyens et, l'air de rien, à vous inciter à devenir un travailleur autonome étincelant de créativité.

Bien entendu, il ne s'agit là que de grandes lignes. Il se peut très bien que vous soyez le benjamin de la famille et occupiez aujourd'hui avec succès un poste de vice-président; néanmoins, il se pourrait fort que pour en arriver là vous ayez un peu forcé votre nature et travaillé deux fois plus fort que d'autres, si bien que, tout a fond de vous, pointe de temps à autres l'idée «incongrue» que, peut-être, si c'était à refaire, vous auriez préféré lancer votre propre petite boîte, où vous auriez pu faire briller toute la créativité qui sommeille en vous et où vous n'auriez pas eu à gérer des dizaines d'employés... Vous voyez?

Par conséquent, prenez le temps de revenir un instant en arrière et regardez d'un oeil neuf votre enfance tout comme votre cursus professionnel. Sans jugement aucun. En toute lucidité. Et mettez-vous à rêver... Qui sait? Peut-être saisirez-vous mieux pourquoi vous avez buté sur certains écueils, ou encore pourquoi certains regrets ne cessent de prendre de l'ampleur en vous, année après année. Et peut-être même aurez-vous, dès lors, le cran d'enfin corriger le tir, au besoin...

Bon. Que retenir de tout cela? Ceci, à mon avis :

> Qui entend savoir s'il est un leader né qui s'ignore se doit de considérer d'un oeil neuf son enfance. S'il est l'aîné de la famille, il lui faut prendre en compte le fait qu'il a développé, sans le réaliser, nombre de qualités nécessaires au leadership, et donc, qu'il est naturellement amené à jouer un rôle de leader dans certaines situations, notamment au travail. En revanche, s'il en est le benjamin, ses chances sont minces de se sentir naturellement poussé à oeuvrer en tant que leader au sein d'un groupe de travail. Et puis? Il doit tirer profit de ce regard neuf porté sur lui-même, soit pour enfin devenir le leader qu'il est appelé depuis toujours à devenir, soit pour, au contraire, arrêter de forcer sa nature, ayant toujours crû, à tort, qu'il lui fallait être un leader pour pouvoir briller au travail. Bref, il lui faut mieux s'écouter, et avoir le cran de mieux s'ajuster à sa nature profonde.

En passant, l'écrivain saint-lucien Derek Walcott a dit en 1992 dans son discours de réception du prix Nobel : «Cassez un vase : l'amour qui en assemble à nouveau les morceaux est plus fort que l'amour qui, lorsqu'il était entier, considérait sa perfection symétrique comme allant de soi».

Source: 
Les Affaires