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Tchad: Idriss déby parle de la situation économique, du FCFA, de l'UE ...

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Président Idriss Deby avec son épouse, Hinda, au sommet de Bamako, le 14 janvier. © STÉPHANE DE SAKUTIN/AFP

Imfura reprend quelques termes de l’interview qui a été donné Jeune Afrique par le Président Tchadien, Idriss Deby.  

La crise économique et financière qui a frappé le Tchad de plein fouet. L’avez-vous vue venir ?

Depuis que le premier tanker de pétrole tchadien a quitté le port de Kribi, en octobre 2003, je n’ai cessé de dire à mes compatriotes de ne pas perdre la tête, le pétrole étant une matière périssable, tandis que l’agriculture et l’élevage sont nos deux mamelles. Je me souviens qu’en 2011 j’ai eu une réunion avec des syndicalistes, enseignants et personnels de santé. Ils exigeaient des augmentations.

Je les ai mis en garde : « Plus vous serez augmentés – et vous l’avez déjà été de 450 % –, plus les prix augmenteront. Que ferez-vous quand il n’y aura plus de pétrole ? Serez-vous prêts à revenir en arrière ? » Ils m’ont répondu : « Oui, Monsieur le président. Nous avons connu les arriérés de salaires et les demi-salaires, s’il le faut on s’adaptera. Mais pour l’instant, augmentez-nous ! » Eh bien maintenant, il n’y a plus de revenus du pétrole, ou presque.

Que faire, si ce n’est vivre avec nos propres ressources ? Face aux grèves et aux revendications, les Premiers ministres et les gouvernements successifs n’ont cessé de lâcher du lest, et nous en sommes arrivés au point critique : la masse salariale que doit payer l’État tchadien représente le double de ses recettes. Je regrette qu’on ne m’ait ni écouté ni compris.

Tout de même, n’avez-vous pas abusé de la période d’euphorie pétrolière en lançant des chantiers surdimensionnés aux allures d’éléphants blancs ?

Où sont-ils, ces pachydermes inutiles ? Nous avons construit des routes, des écoles, des universités, des hôpitaux, des dispensaires. L’accès à l’eau potable est désormais assuré pour 53 % des Tchadiens, contre moins de 20 % au début des années 1990. La fourniture d’électricité était de 10 mégawatts en 2003, elle est passée à 183 mégawatts aujourd’hui. En 1990, 400 000 enfants étaient scolarisés. Ils sont aujourd’hui plus de deux millions. En 1990 toujours, lorsque j’ai lancé le chantier de la première faculté de médecine, il y avait au Tchad douze médecins généralistes. La France, le FMI et la Banque mondiale se sont opposés à ce projet, le jugeant non prioritaire. Aujourd’hui, nous avons 600 médecins et 200 autres en formation à Cuba et au Soudan. Vous appelez cela du gaspillage ?

Niez-vous aussi que ces années de vaches grasses furent propices à l’explosion de la corruption ?

Non, je ne le nie pas. Il y a eu une forte corruption. Les villas de luxe qui ont poussé comme des champignons, c’est l’argent du pétrole, nous le savons tous. Depuis 2003, j’ai mis en place tous les garde-fous, toutes les structures de contrôle possibles, jusqu’à la création prochaine d’une cour spéciale chargée d’instruire et de juger ce type de délits. Malgré cela, les mauvaises mœurs ont eu le dessus. Je reconnais le mal et je demande à tous les Tchadiens de m’aider dans ce combat permanent.

Vous taillez dans le montant des indemnités des fonctionnaires et des bourses pour les étudiants. Comment voudriez-vous qu’ils vous en sachent gré ?

Il s’agit là de décisions douloureuses, mais hélas indispensables pour amortir le choc en attendant l’hypothétique remontée des cours du pétrole. Des mesures de compensation sont à l’étude, elles verront bientôt le jour. Reste que la crise a fait prendre conscience aux Tchadiens des réalités telles qu’elles sont, et ce n’est déjà pas si mal. Le Tchad compte quinze millions d’habitants, dont cent mille émargent au budget de l’État : pourquoi devrions-nous mettre toutes nos maigres ressources au service de ces cent mille-là ? Et les autres ? Aujourd’hui, un instituteur gagne plus qu’un médecin vétérinaire : ce n’est pas normal.

Comment mettre un terme à votre bras de fer avec les syndicats ?

Les responsables syndicaux doivent comprendre qu’ils sont eux-mêmes des cadres de ce pays et se rendre à l’évidence : il n’y a pas d’argent. Pour toute l’année 2016, le pétrole a généré moins de 30 milliards de F CFA [45 millions d’euros] de recettes, contre 600 milliards avant la chute des cours ! Il n’y a plus d’argent. Nier cette réalité, c’est mettre en péril les générations futures.

Si les recettes pétrolières sont si faibles, c’est aussi parce que le Tchad a contracté une très forte dette en 2014 auprès de la multinationale Glencore, afin de racheter les parts de Chevron dans les gisements de Doba : près de 1,3 milliard de dollars (960 millions d’euros) qu’il vous faut maintenant rembourser…

Soyons clairs : il s’agissait là d’un très mauvais prêt, contracté à une période de soudure où nous avions de grands projets d’infrastructures. Chevron a abandonné Doba alors que les cours étaient à 110 dollars le baril. Ils sont redescendus juste après, pour atteindre 50 dollars en janvier 2015. Y a-t-il eu délit d’initiés ? J’avoue que je me pose la question. Toujours est-il que cette dette pèse excessivement lourd puisqu’elle nous prend 98 % de nos dividendes dans le consortium de Doba. J’ai donc demandé à Glencore de la restructurer, ce qui a été accepté.

Plus généralement, la chute des cours du brut a pris les pays producteurs de la zone Cemac complètement par surprise alors que nous nous étions tous lancés dans de grands chantiers. D’une croissance à deux chiffres, le Tchad est tombé à presque zéro en 2016.

Le chef de file de l’opposition tchadienne, Saleh Kebzabo, soutient que le fond du problème n’est pas économique mais politique. Il faut, dit-il, un dialogue inclusif débouchant sur de nouvelles élections. Qu’en pensez-vous ?

Cela me fait sourire : le Tchad n’est pas un poulailler. Les élections de 2016 ont été organisées sur la base d’un compromis entre la majorité et l’opposition. Pour la première fois, la biométrie a été généralisée – ce qui a coûté 15 milliards de F CFA à l’État –, et une commission électorale indépendante paritaire a été mise en place, d’un bout à l’autre du processus. Refaire le scrutin n’a donc aucun sens, le pays n’a pas besoin de cela. Quant à M. Kebzabo, il a été cinq fois mon ministre : au Commerce et à l’Industrie, aux Travaux publics, aux Affaires étrangères, au Pétrole et à l’Agriculture. Quelles leçons a-t-il à nous donner ?

« La façon dont est géré le franc CFA est un frein au développement de nos pays. Il faut réviser nos accords avec la France. »

Que répondez-vous à ceux qui affirment que votre communauté d’origine, les Zaghawas, ou même votre famille, contrôle le pays ?

Que c’est descendre très bas sur l’échelle des valeurs. Quand on est à court d’arguments et de popularité, on ne cherche pas à déchirer l’unité nationale. Le fait de prétendre à diriger un pays et celui de cultiver une haine viscérale à l’encontre d’une partie de sa population sont totalement incompatibles.

Deux des fils de votre opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh, disparu en 2008, sont rentrés à N’Djamena et vous avez nommé l’un d’eux à la tête de la société d’État Cotontchad. Était-ce un « coup » politique ou la volonté de tourner définitivement cette page douloureuse ?

Ni l’un ni l’autre. J’ai à plusieurs reprises demandé aux jeunes cadres de la diaspora tchadienne de rejoindre leur pays, lequel a besoin de leurs compétences. Des médecins, des enseignants, des ingénieurs ont répondu à cet appel. Le fils d’Ibni en fait partie.

Un débat traverse en ce moment les élites africaines à propos de l’avenir du franc CFA. Quelle est votre position ?

C’est un très bon débat. J’ai dit il y a six ou sept ans déjà que ce ne devait pas être un sujet tabou. Les uns déplorent le fait que nous, Africains, ne jouissions pas de notre souveraineté monétaire, d’autres répondent que rien ne saurait remplacer le franc CFA. Voici ma position : le moment est venu de revoir en profondeur les accords monétaires qui nous lient avec la France. Là-dessus, je suis formel. Je ne renie pas pour autant le franc CFA, mais il doit devenir la vraie monnaie souveraine des États qui l’utilisent.

La situation actuelle, où le compte d’opérations des exportations de quatorze pays africains est géré par le Trésor d’un pays européen, fût-il l’ancienne puissance coloniale, ne peut pas perdurer éternellement. Cette période, qui dure depuis soixante-dix ans, est dépassée. Il faut que les autorités françaises acceptent d’examiner avec nous ce qui, dans nos accords, marche ou ne marche pas. Le franc CFA est certes un facteur d’intégration très important, mais là où le bât blesse, c’est que nous n’avons pas la possibilité de placer ne serait-ce qu’une partie de nos ressources dans le circuit bancaire pour qu’elles génèrent des intérêts. Les sommes en jeu se chiffrent en dizaines de milliards. Soyons lucides : la façon actuelle dont est géré le franc CFA est un frein au développement de nos pays. Réviser nos accords avec la France est absolument nécessaire et incontournable.

Vous étiez il y a peu à Bamako pour le sommet Afrique-France. Avez-vous fait, comme d’autres, vos adieux à François Hollande ?

Je ne suis pas allé à Bamako pour dire adieu à qui que ce soit, mais pour participer à un sommet. Je me pose d’ailleurs la question de l’utilité de tous ces sommets Afrique-France, Afrique-Amérique, Afrique-Chine, Afrique-Japon, Afrique-Inde, etc., où les chefs d’État africains se retrouvent face à un chef d’État unique, même s’il dirige un pays puissant. Là encore, cette habitude est démodée.

Je suis pour les partenariats bilatéraux diversifiés, pour les sommets entre l’Union africaine et l’Union européenne par exemple, mais cette manière qu’ont certains de vouloir nous réunir comme des enfants afin de nous dispenser des leçons et de nous lancer à la figure des promesses de financement distribuées au compte-gouttes, dans des pays sélectionnés en fonction de leurs propres intérêts, n’est plus acceptable. Ces milliards devraient être remis entre les mains de la commission de l’Union africaine, qui les gérera et les répartira sur des projets de développement profitables à tous.

Interview réalisé par François Soudan.

Source: 
IMFURA