Risque financier nul pour l'UE si Brexit

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@DR

ANALYSE DU RISQUE - Le jour J approche. Le 23 juin, les Britanniques décideront si le Royaume-Uni doit demeurer dans l'Union européenne. Oubliez les scénarios catastrophiques dans l'éventualité d'un Brexit. Malgré un choc économique, l'UE résisterait à ce divorce, car la construction européenne est avant tout un projet politique pour maintenir la paix en Europe.

Bien entendu, un éventuel départ du Royaume-Uni de l'UE aurait un important sur l'économie britannique. La livre sterling perdrait de sa valeur et les coûts d'emprunt du pays pourraient augmenter sur les marchés obligataires.

La Banque d'Angleterre pourrait devoir augmenter son taux directeur pour éviter une fuite des capitaux. Et des taux d'intérêt plus élevés nuiraient à l'économie et aux entreprises britanniques dans ce contexte d'incertitude.

Cela dit, il ne faut pas non plus exagérer l'impact d'une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Un Brexit ne sonnerait pas le glas de l'UE.

Les fondations de l'Union sont beaucoup plus solides qu'on ne le croit. Et pour le comprendre, il faut remonter aux origines de l'Union.

Oubliez le libre-échange, le marché commun et l'euro.

L'Union européenne a été créée pour que les Européens cessent de se faire la guerre. Le libre-échange, le marché commun et l'euro ne sont que des moyens pour imposer la paix en favorisant les échanges économiques.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Europe était en ruine. Le Vieux continent était divisé par la Guerre froide. Il fallait donc imposer une paix durable.

Une tâche à laquelle se sont attelés les pères fondateurs de l'UE.

Et quoi de mieux que le commerce entre les peuples pour imposer la paix en Europe.

Le premier jalon de cette construction européenne a été la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), en 1951. Elle a supprimé les droits de douane entre la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, la France, l'Italie et la République fédérale d'Allemagne.

En 1957, le traité de Rome crée la Communauté économique européenne (CEE), qui est aussi appelée «marché commun».

En 1992, le traité de Maastricht crée finalement l'Union européenne, et renforce l'intégration des pays européens. Et, en 2002, l'euro voit le jour.

Aujourd'hui, l'UE compte 28 pays, dont 19 utilisent l'euro. C'est la deuxième économie mondiale après les États-Unis. Et sa voix compte dans le concert des nations, même si les Européens peinent souvent à parler d'une seule voix sur certains enjeux.

L'UE vit une crise, mais ce n'est pas la première

Les Européens connaissent leur histoire. C'est pourquoi la majorité d'entre eux appuient toujours l'intégration européenne.

Cela dit, l'Union vit sans conteste une crise avec le référendum du 23 juin au Royaume-Uni. Et ce n'est pas la seule crise.

La Russie menace d'intervenir dans les pays d'Europe orientale de l'UE qui abritent d'importantes minorités russophones, au premier chef dans les trois pays baltes.

La Grèce est toujours au bord du gouffre en raison de son endettement élevé.

La montée en puissance des partis populistes xénophobes, anti-mondialisation et «eurospectiques» en Europe exerce une pression sur les gouvernements.

Plus inquiétant encore, l'Europe centrale postcommuniste semble vouloir tourner le dos au modèle démocratique libéral occidental. Par exemple, des pays comme la Hongrie et la Pologne inquiètent en raison de leurs dérives autoritaires.

Depuis 1945, les Européens ont fait face à maintes crises. Par exemple, la chute du communisme, la réunification allemande et l'intégration des pays d'Europe de l'Est ont représenté tout un défi.

Un éventuel départ du Royaume-Uni en représenterait tout un, car son économie compte pour 18% du PIB de l'UE.

Malgré tout, le pays continuerait à avoir des échanges économiques en Europe. Le Royaume-Uni tenterait certainement de négocier une entente de libre-échange avec Bruxelles.

L'Islande a déjà ce type de partenariat avec l'UE, grâce à l'accord sur l'Espace économique européen (EEE). Il garantit la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes entre l'Islande et les 28 pays de l'Union.

Bref, dans l'éventualité d'un Brexit, le calme reviendrait donc un jour après la tempête.

La construction européenne garantit la paix en Europe depuis 1945.

La plupart des Européens le savent. C'est pourquoi la probabilité est pratiquement nulle qu'une sortie du Royaume-Uni sonne le glas de l'Union européenne.

Source: 
Les Affaires