« Nous sommes passés de 100 000 F. Cfa à plus de 14 millions»

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William Kameni dans son champ.

A 37 ans, William Kameni est un jeune agriculteur millionnaire. Investi dans la culture des pastèques, tomates, ignames…ce jeune homme travaille depuis une décennie environ, pour réaliser sa passion d’enfance. 

Comment avez-vous débuté dans l’agriculture ?

Depuis ma tendre enfance, j’aimais déjà l’agriculture. J’allais au champ avec mes parents. Mais, j’ai commencé mes propres projets agricoles en 1997. Les débuts étaient vraiment difficiles. N’ayant pas assez de moyens, il fallait se débrouiller sur de très petites portions de terre. Lorsque nous avons pu épargner 100 000 F. Cfa, mon épouse et moi avions commencé à louer de petites exploitations où on cultivait en cycle court du maïs, des légumes et on revendait la récolte pour pouvoir survivre, payer le loyer, la nutrition et se prendre en charge.

Quelles cultures pratiquez-vous ?

Nous cultivons les pastèques sur plus de trois hectares. Nous avons environ 1000 pieds d’ignames, demi-hectare de manioc. Un hectare de pistaches (graines de courge). Un hectare de melons. Demi-hectare de macabos. Deux hectares de maïs environ et bien d’autres cultures.   

Avez-vous une clientèle bien définie ?

Nous avons de nombreux clients. Parmi lesquels des « Bayam-sellam » (acheteuses- revendeuses). Nous avons des consommateurs directs et même des grossistes qui sont prêts à venir bord-champ prendre des marchandises.

Mais, nous sommes en train de travailler dans l’optique d’avoir des partenaires à l’étranger pour pouvoir leur envoyer certains produits transformés pour la vente comme le manioc en « chikwan ». Nous avons déjà expérimenté du côté de la France. Nous avons la possibilité d’avoir d’autres produits comme les safous, les mangues et nous recherchons des partenaires au niveau de l’Europe qui peuvent relayer la chaîne.      

Aujourd’hui, l’une des premières difficultés des jeunes agriculteurs reste le financement. Comment avez-vous fait pour financer toutes ces activités ?

Le véritable problème c’est d’avoir les fonds. Tu peux avoir la volonté mais, pas de moyens pour pouvoir atteindre tes objectifs. Etant dans une famille démunie, nous avons choisi d’’aller doucement sans courir. Avec nos 100 000 F du début, on épargnait une grande partie de nos bénéfices. Si on faisait un bénéfice de 25 000 F ou 50 000 F, on gardait et réinvestissait dans la prochaine campagne. Avec des années, on a pu reconstituer un capital aussi considérable. Au fur  mesure on faisait de petites économies jusqu’a ce qu’on puisse louer des hectares. A la suite, nous avons acheté notre propre hectare de terrain. Aujourd’hui nous sommes à 12 hectares. Ce qui fait que nous travaillons aisément. Nous avons aussi beaucoup de projets.

De nos jours, beaucoup de jeunes ont cette difficulté pour l’accès aux fonds. C’est vrai mais, on doit commencer petit. Nous par exemple, avions eu beaucoup de difficultés sur le plan technique parce que, en tant que maraichers on doit maitriser la culture. C’est à force d’échouer en se posant la question : « comment faire pour réussir »  que nous avons trouvé des solutions. Sans me jeter des fleurs, je peux dire que nous sommes les premiers à avoir expérimenté la culture de la tomate dans la région du Littoral. Nous avons tenu de nombreux séminaires pour partager nos expériences avec des jeunes.   

Près de 10 ans après vos débuts, quel bilan dressez-vous ?    

De 100 000 Francs Cfa, après une dizaine d’années, je suis passé à plus de 14 millions de francs Cfa. Nous avons commencé à deux, mon épouse et moi. On travaillait très dur. Ensuite, nous embauchions des temporaires pour faire des jobs difficiles car, on ne pouvait pas tout faire seuls.

Mon bénéfice annuel est évalué à environ trois millions de francs Cfa. Mais, j’ai six enfants. Mon premier fils va en première. Je suis l’ainé d’une grande famille. Ma famille doit manger. Je suis aussi un serviteur de Dieu ce qui fait que je dois aussi aider les plus pauvres. Il faut aussi faire des épargnes.

De plus, plus les superficies grandissent, plus nous sommes obligés de chercher des employés. On a commencé avec un et nous avons 5 employés permanents aujourd’hui. Mais, il nous arrive d’employer une dizaine de personnes supplémentaires. Tout dépend des cultures car le maraichage demande beaucoup de travail et de force. Par exemple, pour la culture de la tomate sur un hectare, il faut employé 6 personnes en permanence. Un hectare de pastèques emploie par exemple trois personnes en permanence.

Que vous a apporté l’agriculture ?

Déjà je tiens à préciser que je suis exclusivement consacré à l’agriculture. Tout ce que j’obtiens, je réinvestis dans la terre car, je me suis rendu compte que  c’est le secteur qui a moins de risques.

J’ai un terrain titré en plein centre-ville de Douala et je l’ai obtenu grâce à la terre.

Les difficultés rencontrées…

1.      Le management des hommes : hier, j’étais avec mon épouse et tout allait bien. Mais, aujourd’hui, je gère plusieurs employés. Ce n’est plus évident. Ils viennent du nord, du nord-ouest, de l’ouest… Chacun vient avec sa culture, sa manière de voir, de faire et il faut être capable de les mettre tous ensemble pour faire ton job sinon ce sera très compliqué. Parfois au niveau même de l’alimentation, tel aime ça, l’autre n’aime pas ci, il faut voir comment gérer pour que personne ne soit mal à l’aise.

2.      La 2ème difficulté est financière. C’est vrai qu’on a toujours besoin de moyens pour pouvoir booster ce que nous sommes en train de faire. Vous vous rendez compte, quand vous entrez déjà dans l’immobilier, si vous achetez par exemple 10 hectares de terrain, il faut avoir de quoi fonctionner et avec la famille grandissante il faut voir plus loin et peut-être passer même à 50 hectares.

Quels conseils donnez-vous à tous ces jeunes qui veulent s’investir comme vous, dans l’agriculture ?

Nous n’avons jamais baissé les bras. Il faut aimer l’agriculture. Il faut persévérer, il faut travailler dur. C’est vrai que ceux qui viendront après nous, ne tomberons plus dans les mêmes pièges car, ils vont bénéficier de nos expériences.

Mais, ce que je peux conseiller aux jeunes et pas seulement jeunes, c’est qu’il faut oser. Car, en osant, on finira toujours par trouver une solution. C’est vrai que les débuts ne sont pas faciles mais, la terre ne trompe pas. Un grain de mais, même mal entretenu, va au moins te donner 20, 50, 100 graines. Si c’est bien entretenu, tu auras environ 350-400 graines.    

Source: 
Agripreneurdafrique