Mounouna Foutsou : Grand Guerrier et Bâtisseur de la culture Massa ?

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Pierre Ismaël Bidoung Kpwatt, Ministre des Arts et de la culture et Mounoua Foutsou, Ministre de la Jeunesse et de l'éducation. Photo/ IMFURA

« Sourire et rire, lorsque Mounouna Foutsou ne s’y adonne pas, il est surement en train de dormir » lance le Lamido de Bangana, son village natal avant de continuer : « Vous parlez de culture ? Il maîtrise tous les éléments de la culture Massa et ce, dans les moindre détails. »

En l’honneur de la 7ième édition du Festival International Tokna Massana qui eut lieu du 29 Mars au 7 Avril 2019 à Yagoua, nous avons pu nous rendre compte de l’amour que le ministre Mounouna Foutsou porte pour la culture. Le 04 Avril 2019, assis dans sa modeste résidence de Yagoua au coucher du soleil, le ministre, dans un air relaxé et habillé par son sourire timide et séduisant, déballait au fils des mots, les grandes lignes de la culture Massa. Il le faisait avec une aisance qui frise l’expertise, le tout entouré de personnes non moins initiées.

Le Massa : Tolérant et lent à la colère

J’ai passé 10 jours à Yagoua et j’ai rencontré en moyenne 10 à 15 personnes par jours de façon professionnelle. Dans les coins de rue, dans des buvettes de Bili-bili, dans des bars, les hôtels ou des points de braise de porc comme de bœufs. Si vous posez la question de savoir ce qui caractérise l’homme Massa ? On vous répondra très rapidement : « sa tolérance et sa lenteur à la colère. » « C’est clairement là le plus grand enseignement à la sortie des initiations culturelles » atteste Wilfried Kona, un ami Massa.

Personnellement, je l’avais déjà remarqué sur les agissements du ministre Mounouna Foutsou. Mais il a fallu que des dizaines d’autorités issues du groupement Massa me le confirment. Car, au delà des qualités exceptionnelles de l’homme à la retenue, il y a que, potentiellement, en tant que Guerrier et précurseur de la culture Massa, il est son excellente illustration. L’actuel Maire de Yagoua, Pierre LIRAWA, parle de « fin connaisseur et de cheville ouvrière. » Celle qui cumule 4 mandats de député au parlement camerounais, Hon Isabelle SILIKAM évoque « un exemple à suivre ».

D’ailleurs, heureux a été d’apprendre, que le ministre fût, dans les années 1995, à partir de Yaoundé, l’un des principaux artisans du groupe de réflexion constitué pour restaurer les fondements de la culture massa. C’est donc tout en son honneur, qu’il fût en 2003, le tout premier président du festival international Tokna Massana 1ère édition.

En cette 7ième édition, assis dans la tribune, à côté de « son ami et frère » Pierre Ismaël Bidoung Kpwatt, Ministre des Arts et de la culture et parain de la dite édition, il pouvait analyser le chemin parcouru jusque là. Tout prêt d’eux, on pouvait apercevoir Ayang Luc, Président du Conseil Économique et Social, par ailleurs Chef traditionel de Doukoula. Ces deux personnalités sont venues donner un caractère renforcé, pour ceux qui en doutaient encore, de l’estime des institutions Camerounaises pour la culture, sur toute l’étendue du territoire.

Parmi les cultures, l’une des plus emblématiques : Le Labana ou Goni

Interdit au Cameroun dans les années 1968 comme la plus part des initiations culturelles, le Labana a revu le jour en 2009 et Mounoua Foutsou n’a pas pu laisser cette chance s’échapper. Il entre en conclave d’initiation et en ressort satisfait « homme » au sens des Massas. Car, tant qu’un Massa ne s’initie pas au Labana, il reste au travers de la société.

J’ai interrogé une quinzaine de personnes afin d’avoir une idée de ce qui s’y trame à l’intérieur du conclave. Les initiés sont tous unanimes : « C’est secret et on n’a pas le droit d’en parler. » J’ai abordé la question avec le ministre en personne dans sa résidence de Yagoua, et il m’a introduit Mr Damna Daniel, Vice consul du Cameroun à Bata en Guinée. Rendez-vous est pris. Et tenez-vous tranquille, il n’en dira pas plus. Si oui !

Le Labana est apolitique et non religieux. Il s’agit plutôt d’un style de vie et de pensée que l’on inculque à l’Homme. Une sorte d’initiation culturelle qui prend en compte des pratiques secrètes pour donner un sens original et spécial aux hommes qui y rentrent. A la sortie, les jeunes initiés sont des hommes responsables, disciplinés et pétris aux valeurs morales et éthiques universellement admises par nos sociétés traditionnelles et modernes.

« Le Labana ne prône ni la haine ni la violence » lance au passage Mr Jean Gaoussoumou, le Président de la commission de supervision générale du Festival International Tokna Massana 2019 avant de continuer : « Nous continuerons à travailler jusqu’à ce que l’UNESCO reconnaisse un pan de la culture Massa comme patrimoine mondial ».

Justement, parlons du Labana qui en est un pan important de cette culture Massa. Selon les initiés, il est l’occasion idoine de communion et de réconciliation des familles, des villages, des cantons ainsi que de pardon pour tous les mauvais actes antérieurement commis par ses fidèles. En fait, le Labana s’érige en agent de régulation social et en instrument de veille qui rappelle à l’ordre tous ceux qui, hommes ou femmes, initiés ou non-initiés, s’écartent des principes moraux généralement admis par la société.

J’ai rencontré à Yagoua un ami, Cordon et il m’a dit que le Labana n’oblige personne à s’initier. « Sa pratique est libre et volontaire » a-t-il insisté. Sinon, seul le Père peut la prescrire à son fils au même titre qu’il décide de l’envoyer à l’école ou de le faire baptiser à l’église, sous sa responsabilité. Dans ce cas, il le confie à un parrain librement choisi parmi les parents, les amis, les beaux-parents, les oncles etc… Cela ressemble un peu à des pratiques similaires connues dans certaines religions et régions.

En outre, le Labana ne perturbe pas les activités professionnelles des travailleurs. En effet, pour paraphraser le ministre Mounouna Foutsou, il concourt à l’épanouissement professionnel de l’individu à travers le savoir-faire et le savoir-être acquis. Avec la réforme de l’édition 2009, il est d’ailleurs respectueux du calendrier des activités professionnelles et même académiques des travailleurs qui pourraient la pratiquer indifféremment pendant leurs périodes de congés (la durée du séjour au Labana étant désormais variable pour chaque groupe sur la période de novembre à mai).

Le gourouna ou Guruna : « Je suis un acteur. »

Ce n’est pas un aveu. C’est de la pure réalité. Si vous interrogez Mounouna Foutsou sur la culture Massana, il est capable de vous tenir en haleine pendant de très longues périodes de temps – tant il a à dire. D’ailleurs, l’un de ses grands-parents, le troisième âge entamé, Mitna Vousoumna qui l’a vu grandir, parle : « Tout petit, il aimait extraire le lait de vache et tressait très bien les nattes. Il aimait danser le Guruna » conclut-il avec un air tout à fait satisfait de celui qui est unanimement connu comme « un digne fils » du canton.

En ce qui est du Guruna, c’est une institution, une pratique culturelle qui enseigne la vie. Massa = ma sa'a veut dire « c'est un homme ». Le Guruna a lieu à différentes périodes de l’année au cours desquelles, des jeunes font une retraite en compagnie des vaches laitières. Pendant cette retraite, la rencontre entre les participants revêt plusieurs activités, à savoir le sport, la nutrition, les danses, les musiques, la formation traditionnelle qui est une école de la vie et d'apprentissage des règles sociales et morales massa. C’est en fait une autre forme de socialisation, qui, selon le Ministre Mounouna Foutsou s’avère être « la continuité de l’initiation du Labana. »

C’est d’ailleurs à ce moment que le guerrier de la culture a appris à utiliser les outils musicaux propres aux Massas. Et pendant le festival International Tokna Massana de 2019, le public vigilant eut le privilège de le voir à l’œuvre. Flûte orientée vers la bouche, il a tenu à faire une démonstration forte en impression, le Demelena, qui se danse généralement courbé avant la saison de pluie, s’expérimentait. Autour de lui, le parterre de danseurs, accompagnaient en chœur. C’était au bord du fleuve Logone alors qu’on accueillait la délégation Tchadienne. Il existe « trois types de flutes » précise t-il peu après. Les trompettes, permettant entre autres, de varier la tonalité. Dans sa version instrumentale, le Guruna utilise également le bâton et différentes formes de tam-tam. L’expression « je suis un acteur » prenait alors toute sa forme.

Il faut également noter que, pendant la période de Guruna, chacun a un rôle. Il y a un chef couramment appelé Moulla Gourna. Le temps est indéfini. Cependant, quand il y a décès d’un jeune dans le village, on estime que la société a été atteinte dans sa chaire. Du coup le gourouna doit automatiquement être suspendu ou prendre fin.

Contrairement à l’initiation du Labana, les jeunes femmes peuvent aisément et librement participer au Guruna. Plus loin, on parle également de plusieurs saisons de gourna. Au nombre desquels, le Guru wala, le Guru sarmanna ou Guru caïda. Ce dernier a lieu généralement au moment des récoltes. Dans la fierté, des gens organisent des événements à l’exemple des luttes traditionnelles (Dafna). Car, selon la culture massa, un homme doit être gros fort et beau. Etre gros symbolise la richesse intérieur et extérieur.

Créer pareil concept dans les autres régions du pays

Toutes ces représentations étaient présentes lors du festival international Tokna Massana 2019. Le ministre des arts et de la culture, par ailleurs, parrain officiel de l’évènement, qui s’interrogeait profondément sur ce qu’il verrait à Yagoua, n’a pas été déçu. Il prolongea, au passage, son bail dans le département du Mayo Danay dont le chef lieu est Yagoua. Et en passant, dans son message introductif, Pierre Ismaël Bidoung Kpwatt demandait des conseils, de façon sereine et sur fond d’humour, aux organisateurs du Tokna Massana 2019 afin de créer pareil concept dans les autres régions du pays. Le guerrier de la culture Massa lui a certainement répondu dans l’avion qui les a ramené sur Yaoundé.

Source: 
IMFURA