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Le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig)

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Smig

État des lieux

Dans beaucoup de pays au monde, le salaire moyen est une grande préoccupation. Car, c’est elle qui définit, en partie, le niveau d’épanouissement financier d’un peuple. Au Canada par exemple, et ce dans certains Etats comme l’Ontario, les gouvernants ambitionnent de le porter à 15 dollars de l’heure d’ici à Janvier 2019.

Du côté de Seattle au USA, en 2015, le salaire minimum y est passé de 9,47 $ US à 11 $ US ; puis, en 2016, à 13 $ US ; et enfin, pour certaines catégories d'emplois, à 15 $ US. En 2015, la Tunisie, elle, faisait un bond de 6% pour relever le plafond du salaire minimum interprofessionnel garanti ; Une décision qui touchait dès lors jusqu’à 1.5 millions de personnes selon l’agence Reuters.

Très tôt en février 2017, le SMIG tunisien voyait une nouvelle revalorisation de 4.3% le situant au quatrième au niveau Africain derrière le Maroc (209 euros) ; la Guinée équatoriale (195 euros) et l’Algérie (171 euros) respectivement 1e, 2e, et 3e. Au bas de l’échelle se trouvent le Mali (48 euros), la Mauritanie et le Niger avec chacun 46euros selon le site d’analyse économique et financière mays-mouissis.com.

En juillet 2016, le Premier ministre camerounais Philémon Yang entérinait la proposition issue de la concertation entre les partenaires sociaux faisant passer ainsi le salaire minimum de 28 216 F CFA (43 euros) à 36 270F CFA (55 euros), soit une augmentation de 8 054 F CFA (28,5%). Il s’agit ainsi d’une première hausse en six ans, une hausse qui maintient, malheureusement, le Cameroun au bas de l’échelle au niveau Africain.

Les hausses du SMIG n’a pas d’impact sur l’emploi

C’est que, des experts ont pendant longtemps pensé qu’en limitant le salaire minimum interprofessionnel garantie bas, cela permettrait à certains secteurs, notamment la restauration et l’agroalimentaire de garder un niveau d’employabilité élevé. Certains gouvernements étaient formels : il permet de réduire le taux de chômage. Est-ce vrai ?

> Michael Reich et son équipe de chercheurs de Berkeley ont noté que, pour chaque tranche de 10 % de hausse du salaire minimum, les salaires du personnel du milieu de la restauration avaient progressé en général de 1 %. Et ce, sans impact significatif sur le niveau d'emploi de ce secteur-là. Il n'y a donc pas eu, contrairement à ce qu'anticipaient nombre d'experts, de coupes sombres parmi le personnel des restaurants.

> Ekaterina Jardim et son équipe de chercheurs de l'Université de Washington à Seattle ont, eux aussi, constaté l'absence d'impact de cette mesure sur le niveau d'emploi dans le milieu de la restauration. Cela étant, ils ont mis au jour le fait que, tous secteurs confondus, la hausse de 2016 avait fait perdre en moyenne 9 % d'heures travaillées à ceux qui touchaient les plus bas salaires, pour un gain salarial de 3 % l'heure en général. Cela s'est traduit par un recul de leurs revenus mensuels de 125 $ US en moyenne cette année-là. Autre point intéressant : la hausse de 2015, plus modeste, n'avait eu, elle, aucun impact négatif particulier.

 

Conclusion ? Il est bénéfique de faire progresser le salaire minimum, pourvu que la hausse ne soit pas brutale. Dès lors, ceux qui touchent les plus bas salaires voient leurs revenus évoluer sans que cela entraîne de pertes d'emplois significatives.

La hausse du SMIG a-t-il un impact sur la santé ?

En fait, certains chercheurs ont regardé si l'appréciation du salaire minimum avait le moindre impact sur la santé des personnes concernées. C'est que certains considéraient a priori que celles-ci allaient profiter de leurs revenus plus élevés pour, entre autres, améliorer leur alimentation, tandis que d'autres prédisaient - authentique ! - qu'elles allaient, au contraire, avoir le réflexe de davantage boire et fumer...

Voici ce qu'il en est vraiment, selon deux études récentes :

> L'économiste Johanna Catherine Maclean et son équipe ont découvert que les Américains ayant bénéficié des hausses du salaire minimum survenues entre 1993 et 2014 ne se considéraient pas comme en meilleure santé pour autant, à une nuance près : en général, ils trouvaient que leur santé mentale s'était améliorée, sans pouvoir expliquer pourquoi au juste.

> L'économiste Aaron Reeves et son équipe ont, eux, considéré la hausse du salaire minimum qui s'est produite en 1999 en Grande-Bretagne. Leurs données ont confirmé que la mesure économique n'avait eu aucun impact particulier sur la santé physiologique des gens : pas de variation de la pression sanguine, pas non plus de tendance à fumer plus que d'habitude. En revanche, leur santé mentale s'était nettement améliorée : «L'atténuation des soucis financiers a fait reculer le niveau d'anxiété des gens de manière considérable. Nous avons pu mesurer ce recul et ainsi découvert qu'il était comparable à celui de la prise d'antidépresseurs», soulignent-ils dans leur étude.

Autrement dit, relever le salaire minimum soulage les gens d'un poids colossal, celui des fins de mois où il faut toujours tirer le diable par la queue. Ce qui, l'air de rien, change la vie.

La hausse du SMIG a-t-elle un impact négatif pour les entrepreneurs ?

La réponse est simple : oui et non. Oui, en ce sens qu'une hausse significative du salaire minimum impose à nombre de PME de s'ajuster ; la Canadian Federation of Independent Business (CFIB) a d'ailleurs annoncé que les chefs d'entreprise œuvrant en Ontario allaient bientôt devoir effectuer, par la force des choses, «des coupes substantielles dans les heures travaillées et dans les emplois». Et non, en ce sens qu'elle favorise une redistribution des richesses ; des études montrent en effet que ceux qui ont de faibles revenus ont tendance à consommer dès qu'ils touchent un peu plus d'argent que d'habitude (nouveaux vêtements, nouvelles denrées, etc.).

Bref, rien ne sert d'augmenter le salaire minimum d'une poignée de cents tous les 1er mai, comme cela se fait dans plusieurs pays d’Europe. En effet, l'impact économique d'une telle mesure est négligeable. Mieux vaudrait, pour le Cameroun et l’Afrique, adopter - enfin - une politique ambitieuse en la matière, c'est-à-dire à la fois audacieuse et calculée. C'est que l'électrochoc qui va secouer l'Ontario en 2018 - vraisemblablement trop puissant - risque fort de faire des dégâts qui prendront des années à être réparés.

Source: 
IMFURA
Imfura Affaires n°7