Le «p'tit» retour de l'économie à l'école

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Photo: Lesaffaires.com

J’ai vécu une expérience ces derniers jours. Non, non, ce n’est pas un saut en parachute, ni une initiation au peyotl ou une rencontre mystique. Je n’ai rien escaladé non plus, ni ramé. Je suis un peu gêné de vous le raconter parce que j’ai l’impression d’être le dernier de la bande à l’avoir fait. Vous savez, comme le roux un peu frêle dans un groupe d’adolescents qui embrasse une fille cinq ans après les autres.

Ne riez pas de moi.

Eh bien voilà: hier, j’ai posé mes yeux pour la première fois sur un document rédigé par les fonctionnaires du ministère de l’Éducation. Siiiiii!

Dans les premières pages, on y voit un diagramme qui ressemble à une illustration du système solaire où l’on trouve, à la place du soleil, l’élève. Tout autour de lui, au lieu des planètes, gravitent des «domaines d’apprentissage»,  des «compétences transversales», des «domaines généraux de formation» et des «visées du programme de formation». Et loin en périphérie, dans ce qu’on pourrait confondre avec une planète en disgrâce, on remarque cette sphère qui ne s’appelle pas Pluton, mais «Prendre position sur un enjeu financier», et qui se déplace sur un orbite baptisé «Éducation financière».

Oui mes amis, tout ça pour dire qu’il se prépare quelque chose de gros. Les notions d’économie seront bientôt de retour au programme du secondaire.

En fait, ce n’est pas vrai. Il n’est pas du tout question d’économie. Rien sur l’offre et la demande, l’inflation, le libre-échange, le produit intérieur brut ou les marchés financiers. Il s’agit plutôt d’un cours de consommation qui porte pour l’instant le titre générique «Éducation financière».

Le programme préparé par les fonctionnaires s’inscrit dans la logique du système dont la mission n’est pas de transmettre des connaissances, mais d’inculquer des compétences. Mais bon, je ne suis pas un expert en pédagogie et le débat sur les visées de l’école a déjà eu lieu.

Mais ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir! Plongeons sans plus tarder dans le document…

Ça commence plutôt bien: «L’éducation financière prépare les élèves à gérer leurs finances personnelles et les aide à faire des choix éclairés. Elle favorise l’adoption de comportements responsables et développe le discernement», peut-on lire.

On y apprend que le programme y «prescrit l’analyse de trois enjeux: Consommer des biens et services, Intégrer le monde du travail et Poursuivre des études ». On touche ici autant aux choix de consommation, au crédit, aux normes du travail, au rôle des syndicats qu’aux perspectives d’emploi en fonction des études.

C’est large! J’ai l’impression qu’on a voulu faire plaisir à bien du monde.

Pourtant, l’objectif du programme est de développer UNE compétence: «Prendre position sur un enjeu financier». Parle-t-on d’enjeux qui se formuleraient ainsi: «En ai-je besoin?»; «En ai-je les moyens?»; «Est-ce que ça va me coûter cher d’intérêt?»; «Suis-je en train de me faire avoir?»

Ce n’est pas écrit comme ça, non. On s’enfonce plutôt dans le langage hermétique du ministère de l’Éducation.

Ainsi, vous serez heureux d’apprendre que les «compétences transversales» seront sollicitées durant la formation. Et que le programme peut facilement être mis en relations autant avec les «domaines généraux de formation» que les «domaines d’apprentissage».

Vous n’êtes pas sûrs de comprendre? Voici de quoi vous éclairer:   «Au deuxième cycle du secondaire, la consolidation et l’intégration des apprentissages sont facilitées par le recours à des connaissances, à des stratégies et à des techniques acquises et développées dans l’un ou l’autre des domaines d’apprentissage. Les disciplines s’enrichissent mutuellement pour constituer un ensemble de ressources qui facilite l’étude de situations, familières ou non. Selon les contextes et les situations d’apprentissage et d’évaluation, tous les programmes contribuent au développement de la compétence Prendre position sur un enjeu financier

Ce jargon pollue probablement tout le programme d’enseignement primaire et secondaire, mais je ne suis pas parent, alors je ne peux pas vous dire comment cela se concrétise dans les salles de classe et dans quel état les enfants reviennent à la maison. Et les enseignants sont sans doute familiers avec cette Novlangue qui doit être perpétuée dans les départements de pédagogie.

«Ah, Germain, tu n’es jamais content!»

On a beaucoup déploré le retrait des cours d’éducation économique au secondaire en 2009. On y a vu le début d’une dérive, nos chérubins filaient droit vers l’endettement. Je doute d’un lien de cause à effet que certains font entre l’enseignement des notions d’économie à l’école d’un côté et la consommation, l’endettement et la capacité à tenir un budget de l’autre. Je vois des deux côtés les signes d’un désintérêt, sinon une aversion bien ancrée pour les questions financières. 

Mais bon, soyons optimistes!

Le programme en question devrait être offert l’année prochaine en 5e secondaire. Il comptera 50 heures (au lieu de 100 heures pour l'ancien cours).

Il sera optionnel, contrairement à l'ancien cours d'économie, qui était obligatoire. Les écoles peuvent l'offrir ou non. Et lorsqu'il sera offert, il sera en compétition avec d'autres cours optionnels.

Bonne chance.

Daniel Germain.

Source: 
Les Affaires