Le Cameroun en crise : Pourquoi la crise économique ?

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La crainte est sur tous les visages. Les milieux d’affaires ne s’en cachent pas. Rien ou presque ne marche dans la capitale économique Douala, le poumon économique du Pays. Les opérateurs économiques n’arrivent pas à tenir leurs promesses, les opérations bancaires telles que les transactions sur traites et chèques retournent de plus en plus impayés. Il est rare, en ces temps, de trouver encore des Hommes de bonne foi malgré la ferme volonté de bien faire.

Car, lorsque l’entreprise X vous présente un bon de commande venant de l’entreprise Y et que vous la livrez la marchandise qui va lui permettre de solder la commande, et que par la suite, l’entreprise Y n’est plus capable de payer les coûts de sa commande à l’entreprise X, là vous tomber dans un gros imbroglio car vous perdez la confiance que vous aviez de l’entreprise X depuis maintenant 15 ans. C’est ce genre de calcul que se font actuellement les entrepreneurs camerounais. Inutile de leur expliquer les techniques de prise de risque et de paiement de créance. Ils en sont à payer les frais d’un système qui progresse sans cesse à reculons.

Ce n’est pas que l’avis du magazine d’Affaire IMFURA

 

Crise économique

L’activité économique a ralenti au Cameroun en 2016 selon les estimations de la Banque Mondiale. À 5.6 % à la fin de décembre 2016, la croissance financière a perdu près 0.2 point par rapport à 2015. Bien que cela peut-être expliqué par le ralentissement de la production de pétrole (+3 % en 2016, contre +37 % en 2015), il reste que, sur le plan de la transparence et du développement, le Cameroun connaît des problèmes de gouvernance qui ralentisse ses ambitions de développement et qui le rendent moins attractif aux yeux des investisseurs. Il est classé 130e sur 168 pays dans l’indice de perception de la corruption 2015 établi par Transparency International, et 172e sur 189 économies dans le rapport Doing Business 2016.

L’inflation s’est accentuée, atteignant 1,6 % au dernier trimestre de l’année 2016, un taux un peu en dessous de ce que prévoyait la COFACE en début d’année, soit une inflation de 2.2% Selon les spécialistes de la Banque mondiale, ce chiffre résulte notamment de l’augmentation de la taxe sur l’alcool (+7,4 %), et le tabac dans la loi de finances de 2016. Il tient aussi à la hausse des prix des services, de la restauration et de l’hôtellerie (+4,9 %).

La dette publique, qui avait déjà été marqué de façon négative durant l’année 2015 est allé crescendo, atteignant 36.8 % du PIB selon la COFACE contrairement à 32.6 % à la même période l’année dernière et 26.6 % en 2014.

Tableau 1 : Situation de l’engagement du Cameroun avec la Banque Mondiale

Le déséquilibre de la balance

L’économie du Cameroun repose de façon prioritaire sur le secteur secondaire, ensuite le secteur primaire et enfin le secteur tertiaire. Or le secteur secondaire se comporte plus comme un consommateur de produits importés. Cela déséquilibre la balance budgétaire car, en français facile, on exporte beaucoup (matière première, pétrole etc), on importe beaucoup (denrée de première nécessité, brosse-à dents, cuire dents etc) et on ne transforme rien ou presque.

En fait puisque nous importons plus les produits finis tout en exportant les produits bruts, cela creuse notre budget d’où le déficit. C’est d’ailleurs cela qui a occasionné le sommet extraordinaire de la CEMAC organisé à la va-vite par le président du Cameroun en fin d’année 2016. Car le Cameroun via la BEAC, à travers un arrimage de convertibilité EURO-FCFA, dispose des fonds

dans le trésor public français qui lui permet d’acheter sur le marché international. En français facile encore, disons que notre argent finissait déjà et le Cameroun devait entrer en défaut de trésorerie. Par la suite nous verrons d’autres raisons avancées par la Banque Mondiale et la CO­FACE justifiants le déficit budgétaire.

Les déficits des comptes publics et extérieurs

En 2016, « les résultats budgétaires se sont détériorés. Les recettes ont été affectées par la chute des cours du pétrole (la part des recettes pétrolières dans les revenus de l’Etat a été ramenée à 14%), même si cette baisse a été en partie compensée par une diminution des subventions aux prix des carburants. Selon la Banque Mondiale, hors mis la chute des cours du pétrole, on peut également prendre en considération que les principaux gisements sont arrivés à maturité et ne produisent plus de façon efficientes.

La part des exportations pétrolières dans le total des ventes à l’étranger est passée de 45% à 39% entre 2013 et 2015. Surtout, les dépenses d’équipement ont fortement augmenté, en lien avec la mise en œuvre des grands projets d’infrastructures et la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram dans l’Extrême-Nord du pays ont logiquement dégradé nos comptes extérieurs. » L’ effort de revitalisation de cette région, non visible en 2015, a entraîné un important creusement du déficit budgétaire en 2016 selon la COFACE, or la Banque mondiale revient, l’épidémie de grippe aviaire, qui a mis à mal la filière avicole locale, en particulier dans la région de l’Ouest, qui concentre 80 % de la production. Traduction concrète, en fin d’année, l’habituel poulet qui couterait 3000 francs CFA se discutait à 7500 francs CFA.

La hausse du Dollars américain.

Nombreuses sont les entreprises qui ont drastiquement réduits leurs dépenses à l’importation car la fluctuation des coûts étaient dorénavant insoutenable. Mr Tchoffo Lucas, opérateur économique et PDG de SOFERCO Sarl nous explique: « lorsqu’on vous dit que le dollar est à 610, vous vous dites qu’il pourra baisser. Entre temps, vous procédez à des achats conséquents en chine. Une fois la cotation terminé, au moment de payer, on vous signale que le dollar américain est passé à 640. Il s’agit ainsi de pertes sèches. » Certains entrepreneurs voulant contrecarrer ce risque ont souscrit à des assurances pour couvrir le « risque devise » ou encore « risque de change ». Il s’agit ainsi de débourser de très grosses sommes d’argent.

C’est pour cette raison que plusieurs entrepreneurs camerounais ont décidé de baisser leur niveau d’importation. La conséquence étant que l’environnement économique devient plus morose. Les secteurs, tels que ceux du transport lourd, de la logistique et de construction devienne pratiquement « à terre ». « Rien ne tourne » affirme cet autre entrepreneur spécialisé dans le bâtiment « on ne construit pas. En dehors des travaux publics, tout est à l’arrêt. J’importais les carreaux et le ciment pour des travaux particulier. Entre 2015 et 2016, nous avons perdu près de 150 millions de FCFA. » Tout compte fait, le Franc CFA serait très élevé par rapport à son économie et l’accrochage de cette monnaie sur l’euro ne lui permettrait pas d’essuyer les larmes de ces entrepreneurs. Cependant on reste attentif à la mise en application de certaines décisions du sommet extraordinaire de la CEMAC à Yaoundé, en décembre dernier.

Scandales financiers

2016 a été aussi l’année de tous les scandales. Les banques au-devant de la scène. C’est ainsi que juste à la fin du premier trimestre, BICEC annonce que le bénéfice de 2015 a baissé de plus de 63 % par rapport à celui de l’année précédente, à cause de la fraude dont avait été victime la banque, soit seulement 6,9 millions d’euros de bénéfices pour ce géant bancaire. Plus tard à la fin du troisième trimestre, c’est au tour de COMECI, la compagnie équato-guinéenne pour l’épargne, le crédit et l’investissement qui inquiète ses clients. Ces derniers éprouvant des « difficultés à rentrer en possession de leur dépôt ». Pour le premier cas, on évoqua des détournements de l’ordre de plusieurs milliards, pour le second des difficultés de gestion qui aurait plombé la trésorerie

Si ces deux situations ont, dans une moindre mesure été plutôt bien maîtrisé par les différents responsables, il reste que, sur le plan général, des doutes persistes lors du choix des institutions devant accompagner les entrepreneurs dans leurs affaires. L’accès au crédit est de plus en plus compliqué et les facilités, dont disposaient autre fois les opérateurs économiques se sont beaucoup effritées. C’est cela qui explique en partie l’ambiance tendu durant. C’est cela qui explique en partie l’ambiance tendu durant les périodes de fêtes de fin d’année, où, contrairement à l’accoutumée, était moins festive à cause justement d’une insuffisance financière remarquée, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose.

Crise sociale

Les chiffres parlent d’eux même. Au Cameroun, en raison d’une croissance démographique supérieure au taux de réduction de la pauvreté, le nombre de pauvres a augmenté de 12 % entre 2007 et 2015. On dénombrait 9,1 millions de pauvres dans le pays en 2015. La pauvreté se concentre de plus en plus dans les régions septentrionales. D’après les estimations de la Banque mondiale, 56 % des pauvres vivent dans les régions du Nord et de l’Extrême Nord. Cette tendance était déjà à l’œuvre avant même que le conflit ne vienne déstabiliser l’ensemble de la région.

Sur l’ensemble du territoire national, selon un rapport de l’association des conseillers en économie sociale et familiale, ACESF-CA, parut en juillet 2016, 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire en dessous de 738 francs CFA par jour et les femmes seraient les plus touchées. C’est sans doute la raison qui poussa Christine Lagarde, Directrice du FMI dans ce propos lors du sommet extraordinaire de la zone CEMAC en Décembre dernier :

« Pour s’attaquer aux déséquilibres actuels, il convient de riposter de manière énergique et coordonnée. J’ai encouragé les dirigeants de la région à intensifier leur collaboration pour concevoir et opérer les réformes économiques et de promotion de la diversification économique qui sont nécessaires pour rétablir la stabilité macroéconomique dans chaque pays et dans la région dans son ensemble. Les bases d’un rebond soutenu de la croissance seront ainsi établies. J’ai également noté avec satisfaction que les autorités ont l’intention de considérer les mesures nécessaires pour atténuer les effets négatifs sur les groupes les plus vulnérables de la population. » Il va s’en dire que la crise que vit la partie anglophone du pays va encore plus détériorer la capacité du Cameroun à réduire ce déséquilibre social. Il est certain que le 5ième trophée du Cameroun à la CAN Gabon 2017 peut redonner un léger plaisir, mais, très certainement, dans les poches, le suspense, entre s’acheter de l’eau ou à manger, reste total.

 

 

Source: 
IMFURA
Imfura Affaires n°5