Batir une start-up sans argent

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@DR

Voici une histoire toute spéciale que nous avons découverte en lisant le fondateur de Hardbacon, une firme spécialisée dans les placements boursiers. Il a passé la semaine dernière à courir après sa queue. Des dizaines de rendez-vous, des centaines de courriels et l’impression, chaque soir, après 12 heures de travail, de ne pas avoir accompli le quart de ce qu’il voulait accomplir. 

À un moment donné, il s’est rendu compte de ce qu’il n’était pas bien différent d’un hamster s’efforçant d’atteindre le bout de sa cage en courant dans sa roue stationnaire. « Je me suis rendu compte que si je n’arrivais pas à créer une organisation, Harbacon serait tout au plus un feu de paille ».

Dès le départ, il savait qu’il bâtirait une équipe autour de Hardbacon. Ce qui a changé, c’est que « j’ai compris que cette tâche devait être mon ultime priorité en tant que fondateur ». Sans argent, il lui fallait bâtir une équipe du tonnerre pour accomplir la mission de Hardbacon, qui est de démocratiser l’accès au marché boursier et à l’investissement. Et il fallait qu’il le fasse rapidement.

Ce que je cherche

« Au courant de ma carrière de journaliste économique, plusieurs pdg m’ont confié que la clé de leur succès était d’avoir embauché des gens plus intelligents qu’eux. Ils avaient eu l’intelligence de se retirer peu à peu des opérations à mesure qu’ils avaient trouvé des gens capables d’effectuer leurs tâches mieux qu’eux-mêmes.»

Dans le monde des start-ups, où les jeunes fondateurs sont souvent présentés comme des génies ou des super-héros, c’est une idée moins populaire.

Le monde des start-ups ne sous-estime pas pour autant l’importance de l’équipe, bien au contraire. Une idée qui revient souvent dans cet univers, c’est l’importance d’embaucher des A players, soit des candidats de grande qualité. On parle aussi souvent de l’importance qu’il y ait un alignement culturel (culture fit) entre une start-up et ses recrues.

Et pourtant, entre un candidat super compétent (le fameux A player) et un candidat super intelligent (ceux qui sont plus intelligents que moi), nombreux vont toujours opter pour le second sans hésiter. Dans un monde qui change aussi vite que le nôtre, les compétences d’hier deviennent caduques dans le temps de le dire. Et c’est encore plus vrai dans une start-up qui, par définition, évolue plus vite encore.

« Je cherche donc des gens plus intelligents que moi. C’est important, mais je doute que le QI moyen d’une organisation soit un facteur déterminant dans son succès. »

En fait, il y a un critère qui, selon lui, devrait importer plus que tous les autres lorsqu’on souhaite bâtir une organisation: la motivation. Et on ne parle pas ici de n’importe quelle sorte de motivation. On parle de la motivation liée à l’accomplissement de la mission de l’organisation. Après tout, la stricte définition d’une organisation n’est-elle pas un regroupement de personnes autour d’un objectif commun, d’une mission?

Quant à la question de l’adéquation de la culture, elle n’est pas primordiale. Si tout le monde fait passer l’accomplissement de la mission avant toute chose, la question de la culture devrait être secondaire. Les discussions sur le chemin à prendre et la nourriture à amener durant un périple ne devraient pas avoir raison d’un groupe vraiment déterminé à atteindre une destination commune. De même, la question financière ne devrait et ne saurait pas vraiment être une raison de non réussite.

Bâtir une équipe sans argent

Il y a deux moyens qu’une start-up peut utiliser pour bâtir une équipe sans argent. Le premier est d’échanger de l’équité contre du travail. On parle ici de trouver un co-fondateur. Le second est d’échanger une opportunité d’apprentissage contre du travail. On parle ici de trouver des stagiaires non rémunérés.

Outre le degré de séniorité, ce qui distingue un co-fondateur d’un stagiaire est que le premier devrait s’engager pour le long terme, contrairement au second, qui n’est par définition que de passage. Si les circonstances changent, un super stagiaire peut aussi éventuellement devenir un super employé ou un super co-fondateur.

Avant de poursuivre,

« je tiens à préciser que je ne suis pas très confortable avec le concept de stage non rémunéré et que, si j’en avais les moyens, je préférerais de loin offrir des stages rémunérés. Mais je fais avec les ressources qui sont à ma disposition.

« J’ai donc publié quatre offre de stages cette semaine, et rencontré quelques co-fondateurs potentiels. Je vais interviewer des stagiaires potentiels dans les prochains jours. Quant aux co-fondateurs potentiels, aucun n’a encore mordu à l’hameçon, mais c’est un processus qu’il ne faut pas précipiter. Après tout, un mauvais choix de co-fondateur peut tuer une start-up. 

« Pour mitiger les risques et éviter les disputes liées à la répartition de l’équité, j’ai toutefois résolu d’adopter la méthode de répartition dynamique de l’équité mise au point par l’ange investisseur américain Mike Moyer. J’ai lu son livre Slicing Pie : Fund your Company Without Funds durant la semaine et ce n’est rien de moins qu’une révélation pour moi.

« J’ai aussi accueilli mon premier stagiaire chez Hardbacon jeudi dernier. Et je n’ai aucun doute sur sa motivation. En fait, il m’a écrit un long courriel en début de semaine, soit avant que j’aie publié mes offres de stages, pour me dire qu’il voulait travailler gratuitement pour Hardbacon cet été afin de parfaire ses connaissances sur l’investissement. Un long courriel sans faute dans lequel cet entrepreneur en devenir de 18 ans m’a confié être en train de lire L’investisseur intelligent de Benjamin Graham. »

Donc, la partie est loin d’être gagnée, mais oui, il semble que ce soit possible de bâtir une organisation sans argent. Il y a d’ailleurs plein d’exemples dans l’histoire de gens qui ont réussi à faire ça. Tous, par contre, avaient une mission. Ils s’en allaient quelque part.

Avec lesaffaires.

Source: 
IMFURA