Bénin : Point sur le niveau de compétente de son administration

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Patrice Talon en compagnie de François Hollande ce mardi 26 avril © Présidence de la République - J. Bonet

Lors de la conférence conjointe donnée par les chefs d’État français et béninois à l’issue de leur premier tête-à-tête au palais de l’Élysée le mardi 26 avril dernier, le nouveau président béninois Patrice Talon a laissé entendre que « le Bénin est comme un désert de compétences ». Cet avis du président a suscité et continue toujours de susciter beaucoup de réactions non seulement au Bénin mais aussi en Afrique. D’aucun estimant que cette prosternation de Talon devant Hollande est l’affirmation de l’esclave devant le maître.

Mais, au lieu de se laisser emporter par ses émotions et son égo ou du moins sa fierté, le quotidien béninois beninwebtv s’est lancé dans une analyse pour comprendre les propos du nouveau président.  Voici ce qui en ressort.

Partons de la définition du concept « désert de compétence »  qui est utilisé pour qualifier une structure au niveau de laquelle la masse critique de compétence n’est pas encore atteinte. On peut ainsi parler aussi de Masse critique de compétence, c’est le nombre minimum d’agent bien formé pour que le secteur d’activité soit performant.

Les statistiques obtenues à ce sujet semblent parler d’elles-mêmes. En effet, pour la petite information, depuis 1990 le Bénin ne forme plus d’ingénieurs en statistiques-planification. Le Bénin ne dispose que de 3 médecins légistes pendant que le nombre de médecins béninois exerçant en France fait 4 fois plus que ceux qui exercent au Bénin. Ce n’est pas tout, au barreau français il est aisé de dénombrer plus de 1.000 avocats béninois pendant qu’au barreau béninois, on a beaucoup de peine à en dénombrer 200.

Sur les 35 dernières années, les 2.050 étudiants béninois qui sont allés étudier à l’étranger, ne sont quasiment plus revenus au pays pour la simple raison que l’État béninois ne valorise pas les mérites. Le Bénin qui compte aujourd’hui plus de 10 millions d’habitants, a besoin de 2.000 ingénieurs et 10.000 médecins (soit 1 pour 1000 béninois selon l’UNESCO) dont 500 sexologues et autant de neurologues. Aujourd’hui, il n’y a que 2 sexologues dans tout le pays et une dizaine de neurologues compétents.

Mieux, les moins compétents de l’administration béninoise, s’arrangent pour décrocher les diplômes en cours du soir ou des cours à distances pour maquiller leur déficit de compétences de peur de perdre leurs postes obtenus pour la plupart par clientélisme ou militantisme politique. Conséquence, l’administration béninoise travaille prioritairement pour nourrir ces cadres et pas forcément pour le développement du pays.

On peut passer des journées entières à polémiquer sur les propose de Mr Talon, mais la vérité reste que le Bénin a besoin de cadre compétent en nombre suffisant pour satisfaire aux défis de développement. Cependant, comment viendra ces compétences en question ? Est-ce que le Bénin devrait faire recruter les français pour travailler dans son administration ? Telles sont quelques une des questions que nous pouvons déjà posées.

 

Source: 
IMFURA