Bénin: Patrice Talon et les enjeux de son mandat.

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@DR: Les disparités et les enjeux du Bénin

C’est avec un ton réservé, respectueux et songeur que le vainqueur de l’élection présidentielle du 20 Mars 2016 au Béni s’est exprimé. En remerciant les populations de tout bord, ses soutiens politiques dans l’opposition, et son adversaire pour son fair play, on a envie de dire que c’est le début d’une longue promenade qui demande le soutien et les conseils de tous.

La page de Yayi se ferme, celle de Talon s’ouvre.

Il a appelé ses soutiens à fêter mais surtout à considérer que le vrai combat est avenir et il a raison car les indicateurs économique du Bénin même s’ils ne sont pas totalement dans le rouge, demandent tout de même un sang neuf. Premier point le secteur des affaires.

Bien qu’il soit parmi les 10 pays les plus réformateurs du monde selon le rapport du Doing Business, le Bénin reste 158 sur 189 pays dans le même classement. 

D’après les experts, la rigueur et le respect des normes doivent prendre corps dans le secteur des affaires afin de stimuler les investissements. Le Bénin a certes  besoin de mobiliser assez de richesses mais aussi il faudra les distribuer par des canaux porteurs pour réduire la pauvreté. Selon l’économiste Max Franck Ahouandjinou, les opportunités qui s’offrent aux secteurs sont, entre autres: l’existence d’un marché potentiellement porteur qui innove sur leurs modes opératoires et sur leurs services financiers ; l’engagement de l’Etat pour trouver une solution au financement de l’économie rurale pour la promotion d’une révolution verte peut se traduire par des mesures incitatives aux opérateurs qui trouveront des solutions adaptées au financement du monde rural.

Vue sur l’économie du Bénin.

La structure de l’économie béninoise est largement déterminée par sa position stratégique sur la côte ouest- africaine, à la porte du géant Nigérian : les opportunités de commerce formel ou informel avec le Nigéria et les opportunités de desserte des pays enclavés de l’hinterland n’ont guère incité à la diversification de l’économie béninoise, et fait du Bénin un « État -entrepôt», selon l’expression du géographe John Igue.

Les perspectives économiques pour 2015 et 2016 s’inscrivent dans un contexte marqué par la volonté du gouvernement d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et la mise en œuvre du Programme d’investissements structurants (PIS). Avec une croissance projetée à 5.6 % en 2015 et à 6 % en 2016. Elle dépend de l’accélération des réformes visant à améliorer le climat des affaires et la chaîne de la dépense publique, notamment le système de passation des marchés publics. Ces réformes selon la BAD, visent à mobiliser les ressources annoncées lors de la table ronde qui s’est tenue en juin 2014 à Paris pour présenter le PIS, et ensuite exécuter les projets d’investissement. Mais seulement, de telles réformes doivent laisser de côté, nous le pensons les rivalités politiques et sociales pour se poser sur les vraies préoccupations de la population.

L’égalité de chance, un chantier prioritaire.

La réduction des disparités régionales représente un défi pour le Bénin. Le développement équilibré et durable de l’espace national constitue l’un des cinq axes prioritaires de la Stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté (SCRP) en cours. La réduction de l’enclavement des zones de production, notamment agricoles, constitue un objectif important du PIS. Les autorités, pour achever leur politique d’inclusion spatiale, doivent promouvoir davantage les pôles d’activités régionaux et l’emploi dans les zones rurales, améliorer la gestion du rythme de l’urbanisation et travailler à la maîtrise de la croissance démographique.

Au Bénin, il existe encore cette tendance des bourgeois qui continuent d’être riches et des pauvres qui continuent d’être pauvres. Cela ne rend pas équilibrer la société vu sur un plan socioéconomique. L’engagement que l’actuel chef d’État doit être à la hauteur, c’est-à-dire donner les mêmes chances à tous les béninois de tout bord. Dans le débat télévisé quelques jours avant les élections, il a attesté qu’il concentrerait son mandant à diversifier les investissements entre les zones rurales et urbaines. À cela on peut donc parler de l’évolution des nouvelles technologies de l’information qui sont une opportunité pour les personnes opérant ou voulant opérer en milieu rural. Car, la population pauvre, enclavée en zone rurale avec des niveaux de scolarisation ou d’alphabétisation faible freine la pénétration des prestataires des services de tout type.

Les services financiers, un retard cuisant !

Le secteur bancaire est caractérisé par un nombre élevé de banques et structurellement sur-liquides en raison du manque d’emprunteurs solvables. Pire encore, le plus grand emprunteur est le public. Les crédits aux administrations publiques représentent 22% en 2014. À la même date, les titres publics représentent 24% des actifs du système bancaire. Or dans les villages, la demande est grandissante. Mais les banques se retiennent à cause d’un système profondément enraciné dans l’informel.

Comme opportunité, il  y a la viabilité des Investissements monétaires et financiers en milieu rural qui est perturbée par plusieurs facteurs imprévisibles comme les aléas climatiques. Cependant, le secteur de la micro-finance au Bénin a connu une évolution notable au cours de ces dix dernières années et se positionne aujourd’hui comme l’un des moyens nécessaires à la construction du développement et la réduction de la pauvreté. Le nouvel homme fort de Cotonou devra donc s’y engager avec beaucoup de professionnalisme pour atteindre les résultats concrets.

L’agriculture, un secteur conséquent.

Avec seulement 20% de ces terres cultivables actuellement exploitées, le Bénin détient des potentialités dans ce secteur que le Président Patrice Talon en a conscience pour avoir dirigé et fait tout sa fortune dans le coton sous toutes ses formes. La production de coton, qui avait dépassé 426.000 tonnes en 2004 a fortement régressé, jusqu’à atteindre 135.000 tonnes en 2009. Ceci étant dû aux difficultés de gestion de la filière et à la baisse mondiale des cours. En 2011, le coton constituait 17% des exportations béninoises. Le gouvernement s’est attaché à une relance dans le cadre de la ré-étatisation transitoire de la gestion de la filière opérée en 2012, et la production serait passée de 200.000 tonnes en 2011-2012 à 240.000 tonnes en 2012-2013. Les comptes définitifs de cette dernière campagne ne sont pas connus.

La production de maïs a connu une croissance soutenue, doublant  en une quinzaine d’année (525.000 tonnes en 1996, 1.150.000 tonnes en 2012-2013). Mais lors du débat avant les élections, Patrice Talon estimait que les opportunités de croissance dans ce domaine pouvaient être multipliées par 10. Tout cela fait en sorte que le secteur primaire représenterait  uniquement 32.2% du PIB et tout le monde semble sait qu’il reste beaucoup à faire.

Le meilleur et le plus grand défis pour la fin.

« Je ne serai pas candidat en 2012 parce que je ne serai plus éligible. Je ne serai plus éligible parce que pour ce qui concerne la réforme proposée dans mon projet de société sur le mandat unique, on ne pourra plus être candidat à la présidentielle lorsqu’on a été déjà une fois chef d’État » Patrice Talon. Il a aussi donné un cadre à son mandat: « Les priorités premières de ce gouvernement seront les réformes institutionnelles, la réforme de l’administration publique et de faire face à la dette intérieure actuelle qui s’élève à plus de 300 milliards de FCFA. » Nous ne le lui souhaitons vraiment !

Relire notre article sur Patrice Talon: http://www.imfura.com/content/b-nin-patrice-talon-ou-comment-devenir-pr-...

Source: 
IMFURA